A la découverte de Rauzan Ségla, un Grand Cru Classé de Margaux Haute Couture !

Avr 18, 2013 No Comments by

Lundi soir, In Vino Veritas, l’excellent Club Oenologique de Sciences Po recevait le Château Rauzan Ségla en la personne de John Kolasa son Directeur Général. Dégustation dans la superbe cave voutée de Grains Nobles à Paris.

Rauzan Ségla fait partie de ses Châteaux et Domaines tels Jaboulet, Ruinart ou encore Mas Amiel pour ne citer qu’eux qui ont l’intelligence et la vision de venir faire découvrir leur philosophie, leurs vins à des étudiants que d’autres considèrent comme appréciant uniquement la bière et le whisky-coca. Et Rauzan Ségla avait mis les petits plats dans les grands ce soir là avec la découverte de 8 millésimes : 2 millésimes du second vin Ségla 2009 et 2000 et 6 millésimes du grand vin, Rauzan Ségla, second Grand Cru Classé de Margaux 2010, 2006, 2001, 2000, 1998 et 1995.

Avant de passer à la dégustation, John Kolasa nous raconte son parcours. La petite histoire dans la grande, celle du vignoble bordelais où l’on croise des négociants, des chais, de riches britanniques, François Pinaut, Chanel et même Jacques Chirac. Un voyage d’une vingtaine de minutes au coeur des arcanes du vignoble bordelais guidé par cet écossais d’origine arrivé à Bordeaux à 22 ans et « qui a réussi à prendre un léger accent du sud ouest en gardant son accent britannique » me glisse un voisin. En 1971, il débarque sur les quais et commence à goûter entre deux transports de caisses. 16 ans plus tard, cet autodidacte prend la direction commerciale de Château Latour, l’un des 5 premiers Grands Crus Classés de la Rive Gauche et connait 3 propriétaires différents en 7 ans. Nous sommes en 1994, cela fait 8 ans que John Kolasa est à Latour. Les 3 frères Wertheimer, propriétaires de Chanel (Karl Lagerfeld a dessiné l’étiquette en une de cet article), souhaite racheter Latour mais François Pinaut met 100 millions de Francs supplémentaires et remporte ce 1er GCC de Pauillac. John Kolasa démissionne et les Wertheimer lui confie la mission de réveiller Rauzan Ségla qu’ils viennent d’acquérir : « quand on est arrivé tout en haut de la pyramide, on ne peut que redescendre mais j’ai pris le risque pour prouver que j’avais appris quelque chose, moi le sans diplôme ».

« En reprenant la propriété, on a vu que certaines personnes vivaient sur leurs acquis, sur le nom de Margaux ». Rauzan Ségla, endormi pendant des décennies commence à peine à s’éveiller depuis l’arrivée en 1983 du célèbre oenologue Emile Peynaud au conseil. 1995 est le premier millésime du nouveau Rauzan. Les travaux entrepris sont considérables que ce soit dans la vigne ou dans les chais : 15 kms de drains sont installés pendant 15 ans, du petit verdot en provenance de Margaux, Gloria et Poujeaux est planté. Il multiplie les cuves pour préciser et affiner les assemblages et paraphrasant Machiavel « il faut diviser la vigne pour essayer de régner ». Mécanisation ? « La meilleure machine reste l’Homme, il faut donc les motiver ». A Rauzan Ségla, contrairement à son voisin Brane Cantenac par exemple on ne verra donc pas de machine de tri optique.

« Mes propriétaires voulaient le meilleur et ne m’ont jamais demandé combien », avant d’ajouter avec un sourire malicieux « Un chai, c’est comme un restaurant, il vaut mieux que ça soit propre et en regardant dans les coins on a une idée de la qualité des lieux ».

Lagerfeld Château Rauzan Ségla

Karl Lagerfeld dessine même des étiquettes. Château Rauzan Ségla 2009 par Karl Lagerfeld.

Il explique le style margalais et insiste sur la notion de terroir. « Les graves, l’argile propres à Rauzan font qu’on ne fera jamais Latour à Rauzan ni Palmer d’ailleurs alors qu’on est voisin avec ces derniers, il suffit de traverser la D2 ».

John Kolasa présente les millésimes à la dégustation ce soir et explique qu’il attend que Ségla, le second vin du Château, soit prêt à être déguster avant de le mettre sur le marché. Ainsi, aujourd’hui le 2006 est lancé. Une initiative qui rappelle celle de Latour qui s’est retiré du système bordelais des primeurs en invoquant cette raison. Etant un ancien de cette propriété, souhaite-il reproduire cette initiative controversée ? La réponse fuse « Non. Je pense que c’est une grande erreur de sa part, Latour va perdre beaucoup d’amis dans le vin ». Et de conclure après une respiration « je lui donne 2 ou 3 ans pour revenir ».

Après avoir évoqué les derniers millésimes phares « fallait vraiment être un imbécile pour faire du mauvais vin en 2005 », « 2009 est le millésime des américains, 2010 celui des britanniques », le Directeur de Rauzan en vient au millésime 2012 et à la campagne actuelle des primeurs. Avec franchise et sans langue de bois. Un discours peu habituel à Bordeaux devant une quarantaine de personnes… Quelques mots sur 2012. 37% de grand vin, 43% de second vin et 20% de vrac « dans un millésime pas facile, il faut savoir faire des choix difficiles ». Vu les critiques lues ici et là sur les dégustations des primeurs, ces choix se sont révélés payants. La caractéristique du millésime ? « La tendresse ». Son prix ? « 2012 est un millésime agréable, il doit donc être à prix agréable », « Il faut revenir à nos marchés traditionnels, européens. Depuis 3 ans on ne voit plus les américains qui se sont tournés vers d’autres régions, les chinois ne sont plus là et les russes n’achètent pas en primeur vu qu’ils ne seront pas sûr d’être encore là pour les boire ». On reste sur notre faim… vu qu’on n’ose imaginer une hausse, légère baisse ? Baisse plus importante ? A ce moment là (NDLR : lundi soir) seul Gazin est sorti en légère baisse de 7% en laissant le marché de marbre. John Kolasa poursuit : « J’ai l’accord de mes propriétaires pour sortir tôt, cette semaine à 36€ (NDLR : prix négoce) soit une baisse de 27% ». Et de conclure en martelant « nous devons retrouver nos marchés traditionnels, les premiers Grand Crus Classés ont crée le marché de la spéculation au lieu du marché de la consommation ».

Verticale de Rauzan Ségla Grand Cru Classé de Margaux

La verticale de Rauzan Ségla : 2010, 2006, 2001, 2000, 1998 et 1995

Parler (et écouter aussi d’ailleurs) donne soif. Passons donc à la dégustation. Le 1er duo s’avance, il s’agit des seconds vins Ségla 2009 et Ségla 2000. Un second vin… késako ? Ecoutons John Kolasa et ses métaphores. « Le vin, c’est comme un escalier dans la vie. Une fois en faut, on essaye de ne pas redescendre. Le but d’un second vin est donc de faire monter l’escalier jusqu’au grand vin ». Elaboré à partir de vignes plus jeunes, Ségla est vendu 2/3 moins cher que son grand frère.

Ségla 2009 a un nez puissant, chaleureux, quelques épices. Du fruit, beaucoup de volume, exubérant. Caractéristique du millésime, il est en démonstration et montre ses muscles. Un ado dans la cour de récré. Ségla 2000 a pour lui la sagesse des ainés. Evolué sur des notes de tabac, moka et cuir, il conserve encore une belle fraicheur. Soyeux, grande longueur, vraiment très bon ! Un quarantenaire au pic de sa forme.

Arrive désormais la 1ère valse des grands vins, Rauzan Ségla. On retrouve l’antagonisme des millésimes entre 2009 et 2010, tous deux excellents. 2010 est plus austère, plus racé. Vin très bien équilibré sur les fruits rouges, beaucoup de matière, très serré. Une jolie fille qui ce soir là ne nous montra que sa cheville. Pour remonter la robe Chanel (forcément), prendre son mal en patience pendant 10 ans au moins.  Le 2006 était le timide la soirée : nez peu expressif sur du fruit et de légères notes animales. Bouche souple, sur la réserve, aux tannins très présents. « Un vin à attendre » pour John Kolasa.

On a la chance ensuite de pouvoir comparer 2 années successives : 2000 et 2001. 2001 est « le millésime pour expliquer ce qu’est Margaux : élégance, raffinement, soyeux ». Effectivement, le vin est ce soir là rayonnant. Nez évolué sur des fruits mûrs, poivre gris, cèdre. La bouche est un régal : souple, gourmande, très soyeuse, tannins totalement fondus avec une pointe de sucrosité caractéristique du millésime. Un régal.  Rauzan Ségla 2000 est plus structuré, plus tannique. Un vin plus solaire à attendre encore quelques années. Entre 2001 et 2000, la majorité de la salle opte pour 2001 qui procure plus de plaisir maintenant.

Un dernier tango à Paris avec Rauzan 1998 et 1995. Le nez du 1998 est envoûtant, d’une profondeur incroyable, une invitation au voyage. J’adore, un ange passe d’un air envieux, tout le monde savoure. Un vin magnifique d’une grande fraîcheur, très soyeux, jolie matière sur les fruits mûrs. Grande longueur. Le 1995, 1er millésime de John Kolasa à Rauzan Ségla, est très évolué sur des notes de tabac blond, pruneaux, léger kirsh. Vin très souple, à boire aujourd’hui.

 

In Vino Veritas,

Syl’Vin

 

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