Vins de Bordeaux 1998, un millésime de champions du monde ?

Avr 25, 2013 2 Comments by

 La semaine passée, j’ai eu la chance de déguster 3 Grands Crus Classés de la rive gauche de Bordeaux. 3 vins rouges de 1998. 98, un millésime qui aura un goût particulier pendant encore des décennies pour de nombreux français. Le souvenir d’un soir d’été, un 12 juillet, où l’hexagone s’arrêta pour suivre les exploits de 11 joueurs en short. 90 minutes hors du temps avant de chavirer de bonheur, embrasser votre voisin, sabrer le champagne et se laisser submerger par l’émotion et le plaisir. La France devenait Championne du Monde de football. 3 ans après les Barjots en Handball, un 2ème sport collectif marquait l’Histoire. Pour toujours, à jamais.

La vigne cette année là a-t-elle senti cette euphorie collective ? 1998 est-il un millésime qui restera dans l’Histoire ?

A priori, en évoquant les grands millésimes sur les 20 dernières années on pense à 89, 90, 96, 2000, 2005 et le récent duo 2009-2010. La vigne, probablement moins chouchoutée par des vignerons dont les pensées vagabondaient sur le but en or de Blanc face au Paraguay de Chilavert ou le doublé victorieux improbable de Thuram face aux Croates, se serait vengée. Oh certes pas un mauvais millésime tel un 1991 ou 1993, il ne faudrait quand même pas jurer dans cet océan de bonheur. Mais pas non plus un millésime mythique. Si la Victoire de 1945 donna l’un des plus grands millésimes du siècle dernier, 1998 ne restera pas dans les annales malgré la victoire. Il y a effectivement Victoire et victoire.

Comme on remarque les kilos en trop et les crânes dégarnis chez nos champions du monde, l’occasion était trop belle, 15 ans après, de voir où en était ce millésime 1998 à Bordeaux, sur la rive gauche précisément.

France 98 2

Souvenirs, souvenirs…

Du Nord au Sud, Phélan Ségur propriété prestigieuse de Saint Estèphe, Grand Puy Lacoste 5ème Grand Cru Classé de Pauillac et Rauzan Ségla Second Grand Cru Classé de Margaux sont les dignes représentants de ce millésime. Allait-on retrouver un Laurent Blanc, Zinédine Zidane ou Thierry Henry ? Ou croiserait-on un Guivarch fatigué, un Karembeu dilettante ou un Boghossian énigmatique ? Hum hum, on prend un coup de vieux tout d’un coup…

Rauzan Ségla 1998 fut dégusté à Sciences Po lundi dernier. Grand Puy Lacoste et Phélan Ségur furent dégustés au Taillevent jeudi dernier lors d’un diner donné par la Commanderie du Bontemps en présence notamment du co-propriétaire des lieux et du Château Phélan Ségur, Thierry Gardinier. Un cadre magnifique, une cuisine de haute volée, un service impeccable. Bref, un lieu idéal pour déguster de belles bouteilles. A l’origine, Phélan Ségur 2004 fut servi mais tel un Djorkaeff en fin de carrière, il parut fatigué ce soir là et comme le nota courageusement un représentant de l’Ecole des Mines car il est très difficile de critiquer un vin en présence de son propriétaire « il manque la structure d’un grand Saint Estèphe, très souple, j’attends mieux de Phélan Ségur ». Aussitôt, tel Aimé Jacquet, Thierry Gardinier procéda à un changement en renvoyant le 2004 et demandant au 1998 de s’échauffer lui qui patientait tranquillement parmi les 2000 références de la cave du Taillevent. Un match au sommet allait donc avoir lieu. Et quel match !

Rauzan Ségla 1998 est encore dans mes souvenirs. Son nez est envoûtant, d’une profondeur incroyable, une invitation au voyage. J’adore, un ange passe d’un air envieux, tout le monde savoure. Un vin magnifique d’une grande fraîcheur, très soyeux, jolie matière sur les fruits mûrs, grande longueur… quelle classe ! Caressant le palais rappelant un touché de balle unique, Zinédine Zidane en personne.

Grand Puy Lacoste 1998 s’avance. Le maillot dans le short et les crampons vissés. Nez très évolué, notes de fruits mûrs, tabac blond, cuirs et velours. Bouche pleine, racée, élégante aux tannins soyeux, grande longueur. Un vin gourmand dont on a envie de se rouler dedans. Plaisir et volupté. Il a la sagesse et la classe d’un grand vin arrivé à son apogée.  Le grand Marcel Desailly incarné dans ce Pauillac.

Après un échauffement légèrement trop rapide, voilà Phélan Ségur 1998. On craint le claquage. On le laisse donc prendre sa place dans nos verres. Quelques minutes, il est là. Resplendissant. Nez envoûtant d’une grande complexité. L’impression de glisser sur un toboggan à travers les arômes de fruits mûrs ici, des légères épices à droite, du cèdre à gauche pour atterrir tout en douceur sur un joli cuir. La bouche est ici plus structurée, les tannins encore présents, puissance remarquable. Joli jus très dynamique, fougueux. Belle fraicheur. Impressionnant, ce vin en a encore sous la semelle… Un Robert Pires qui aurait musclé son jeu ? Non on penche plutôt pour Emmanuel Petit qui avec sa remontée fantastique et son but à la dernière minute nous a fait exploser de joie.

Si le millésime 1998 ne restera probablement pas dans les annales des millésimes historiques, ces 3 vins m’ont donné énormément de plaisir et d’émotion comme une douce soirée d’été 98. Et un ! Et deux ! Et trois zé-ro ! La la la la la…

In Vino Veritas,

Syl’Vin

Les beaux billets de Syl'vin

2 Responses to “Vins de Bordeaux 1998, un millésime de champions du monde ?”

  1. Louis says:

    Alors tant qu’on y est, parlons un peu des 1998 mais d’ailleurs. Champagne par exemple! Un VCP 1998 goûté il y a peu, il y a 16h à vrai dire. L’éclat or ambré d’un vieux champagne, encore de fines bulles malgré ses 15 ans. Un premier nez qui peut décontenancer, un peu trop oxydatif. Mais à l’ouverture après 5/10 minutes, un bonheur, on part sur ce qu’on connait bien des vieux champagnes, fruits à noyaux, vin de Madère, brioche aux raisins secs toastée, envoûtant lorsqu’on aime ses arômes. En bouche, encore de la fraîcheur et une pointe d’acidité, je pense qu’il au top aujourd’hui, mais qu’il pourra encore attendre sans souci quelques années. Un beau moment!

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