Ne jamais dire « Fontaine, je ne boirai pas de ton rosé » !

Juil 17, 2013 No Comments by

« Je te sers du rosé ? » A cette sempiternelle question estivale, je répondais par une moue dubitative, un sourire poli voire un désagréable « je vais prendre plutôt une bière, merci ».

Les rosés et moi, autant l’avouer ce n’est pas une grande histoire d’amour. J’en goûte pourtant régulièrement mais autant que je m’en souvienne je n’ai jamais eu de grande claque avec un rosé. Un rosé qui m’a parlé, que j’ai eu envie de goûter et re-goûter encore et qui donne envie d’appeler ses amis à 8H du mat’ pour leur dire « J’ai goûté une quille énorme ! Un rosé… »

La faute à qui ? Les torts sont partagés. Comment souvent. La faute à tous ces rosés sans intérêt, pas forcément mauvais mais insipides, ces rosés souvent vendus en grande distribution, ces saucisses à moitié brûlées par un barbecue mal maitrisé qui tuent l’accord « mets » vins, à cette « musique » publicitaire insupportable et inoubliable des « Bordeauuuuuuux roooosés » qui fait passer les musiques d’ascenseur pour des chefs d’oeuvres… La faute également à des oeillères personnelles qui à force d’avoir été déçu m’ont empêché de sortir des chemins battus et renforcé cet a priori négatif.

Il était grand temps de faire quelque chose. Mi-juin, j’ai donc organisé une dégustation à l’aveugle d’une trentaine de rosés, en majorité provenant de Provence. Quelques amis étaient autour de la table ce soir là pour décortiquer, critiquer, soupirer, cracher et s’émouvoir. Et c’est parti pour 90 mins de dégustation dans une ambiance concentrée.

Si quelqu’un en doutait encore, il n’y a pas un rosé mais des rosés. Ils sont pluriels, complémentaires, l’un a une couleur tellement pâle qu’on se demande si un farceur n’a pas mis de l’eau dans votre verre, l’autre une couleur tirant sur le rouge. Certains sont acides, d’autres légèrement sucrés. Celui-ci a des notes de fruits rouges, celui-là des arômes floraux. Bref, il y en a pour tous les goûts.

La plupart des vins dégustés se trouvent facilement au coin de la rue. D’autres beaucoup moins, il faut partir à l’aventure sur une route des vins pour retrouver le Domaine.

90 mins plus tard, quelques préjugés tombent. Certes, il y a quelques vins franchement limites, d’autres insipides. On ne s’attardera pas sur ces cas. D’autres par contre sont bien faits, plaisants, bons ! Ouf. Et en cette mi-juin où le soleil est absent, ces rosés nous emmènent en été dans les calanques de Cassis, sur la terrasse d’un mas provençal ou au Ferret…

Après des délibérations serrées, voici les 5 meilleurs rosés goûtés ce soir là :

5 rosés de l'été

De gauche à droite sur la photo : Château La Coste (classé 4ème), Château Sainte Roseline cuvée Lampe de Méduse (2nd), Château des Demoiselles (1er), Parallèle 45 du domaine Paul Jaboulet (3ème), Château Sainte Roseline cuvée Prieuré (5ème).

1) Château des Demoiselles : Joli nez très expressif sur l’agrume et la rose. Très belle fraicheur, vin souple et agréable avec une belle vivacité. Bel équilibre. En aveugle totale, on pourrait prendre ce rosé pour un blanc… Côtes de Provence, 11,20€ au domaine et chez les cavistes.

2) Château Sainte Roseline, cuvée Lampe de Méduse : Légère sucrosité au nez, fleurs blanches, rose. Bouche très jolie sur le fruit avec une belle acidité. Côtes de Provence, 13€ chez les cavistes et au domaine.

3) Parallèle 45 de Jaboulet : Joli nez fumé, tourbé avec beaucoup plus de caractère que les rosés goûtés ce soir là. Caractère que l’on retrouve en bouche. Bel équilibre. Rosé structuré et puissant. Côtes du Rhône, 8€ au domaine et chez les cavistes.

4) Château La Coste, Bellugue Rosé : Superbe nez de « champagne », iodé, crayeux, réglissé et caramel. Bouche agréable « très rosé » sur le fruit et les agrumes. Côtes de Provence, 13€ chez les cavistes et au domaine.

5) Château Sainte Roseline, cuvée Prieuré : « enfin du vin ! » fut mon exclamation en goûtant ce vin tant les premiers échantillons furent peu emballants. Au final, un rosé avec de légères notes d’épices, chaleureux avec une bouche très complexe et équilibrée. Côtes de Provence, 16,50€ au domaine et chez les cavistes.

Ce n’est pas l’école des fans sur Les Tribulations de Syl’Vin mais 2 autres rosés ont attiré notre attention : Clarendelle rosé des domaines Clarence Dillon et le Domaine de la Rouillère. Le premier dégusté ce soir là a reçu un accueil mitigé. Atypique par rapport à l’ensemble des rosés présents sur le marché, d’une couleur quasiment grenat, ce Bordeaux rosé (si vous avez dans la tête la « chanson », ne me remerciez pas) aux notes de fruits rouges et à la bouche sur le fruit confituré m’a plu et se marierait très bien avec des desserts. Le second, la cuvée Grande Réserve du Domaine de la Rouillère, dégusté quelques mois plus tôt, avec sa forme atypique en bouteille carrée et sa robe si pâle. Frais et désaltérant, ce Côtes de Provence est le rosé idéal par les chaleurs actuelles !

Pour terminer la série des rosés dégustations, j’avais ajouté un dernier rosé. Garrus. Finale en apothéose, cerise sur le gâteau, feu d’artifice. On m’avait dit « crois moi, c’est une tuerie, une bombe ! ». Cette personne dégustant bien j’avais du répondre avec le sourire poli évoqué plus haut… Et ce fut magique, la claque que j’attendais avec un rosé !  Je vous parlerai de ce rosé le plus cher du monde (80€ tout de même !) dans un prochain article…

Laissons à Etienne, l’un des dégustateurs de ces rosés, le soin de conclure : « Vous aussi, mettez de côté vos a priori sur le rosé, arrêtez de vous mettre en quête du rosé de Provence le plus pâle pour vous rassurer. Les vins rosés sont une palette de couleurs et saveurs, une véritable spécificité française, pour lesquels chaque région viticole de France a sa (voire ses) pépite(s) (nous ne sommes pas allés au Nord de Valence dans cette dégustation, les possibilités sont donc encore grandes). Si certains ont un goût uniformisé, d’autres sont franchement surprenants, séduisants même. Si Garrus est un vin exceptionnel, il y a de très bons vins entre 5 et 15€ et s’il y a deux choses à retenir :

1/ Suivez votre instinct (et votre humeur, car le rosé est plus encore un vin de partage) face à un rayon et n’hésitez pas à sortir des sentiers battus.

2/ Et puis demandez conseil à votre caviste, comme vous le faites toute l’année pour trouver une pépite en blanc ou en rouge… Car le rosé, c’est un vrai vin ! »

Partagez avec nous vos découvertes ! Ce soleil donne grand soif…

Syl’Vin
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